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CINQUIEME SIGNE D’EXIL
30-10-2008 21:14:49
La seconde lune est arrivée, furtive, légère, à pas de Petite Ourse, et la nuit me picore à coups d’étoiles filantes.
Le vent me balance mollement au-dessus des villes endormies. Je devine des masques isolés, des soupirs d’ici-bas longs comme une vie sans lumière. La foi est une clairière dans la forêt des doutes et des incertitudes. C’est un souffle suspendu entre l’ordre universel et la béance de l’existence.
Dans la contorsion des compromissions existentielles, on repousse les frontières des pourquoi et des comment.
La lumière fixe son éclat sur la rétine de nos âmes.
La seconde lune est arrivée, furtive, légère, à pas de louve blanche sur les crêtes neigeuses de la voie lactée.
La musique des sphères égrène sa litanie éternelle dans l’infini de nos paradoxes. Comment conter aux générations futures l’histoire de nos solitudes peuplées de silence ? Comment parler d’amour en criant son absence ?
Se couler comme une ombre dans la lumière et devenir une tache de mémoire dans le souvenir de l’autre !
Je suis seule, une épine à la main, penchée sur un ouvrage inachevé.
Extrait de : DE SIGNES ET D'EXILS
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L’ARRIERE GRAND-MERE (Nouvelle)
7-08-2008 18:40:18
Du plus loin que dérive ma mémoire, je trottine à petits pas emboités sur ceux de mon arrière grand-mère. J’ai quatre ou cinq ans, et elle me présente à ses amies d’enfance qui se ressemblent toutes à force de porter un tablier terne de gris et de noir et d’arborer le même chignon blanc sur leur minois de veuves perpétuelles. Mais mon arrière grand-mère à moi avait une magie particulière depuis que j’avais découvert que son chignon était fait d’une longue chevelure argentée. J’avais percé son secret un matin où, écartant les rideaux de mon lit, je l’avais surprise en flagrant délit de brossage intensif. Ces cheveux, comme un long filet, s’étendait jusqu’à ses cuisses. Extasiée, j’avais suivi le chemin de ses doigts qui roulaient lentement la chevelure jusqu’à la nuque, réduite en ce petit trognon de cheveux qui lui donnait un air sévère. Pour mieux le tenir en place, elle enfonçait sentencieusement de longues aiguilles aux bouts dorés, avant de finir son chef d’œuvre matinal avec deux peignes d’ivoire de chaque coté de ses tempes.
Chaque fois que je revenais de chez elle, je venais me camper dans le couloir de la maison devant une broderie de soie qui venait d’Indochine, et je m’écriais en la montrant du doigt « Mémé Tuyette ! Mémé Tuyette ! » Mes parents s’esclaffaient et je ne comprenais pas. J’avais simplement oublié un détail, si le tableau brodé représentait un chinois avec les cheveux relevés en chignon, il portait aussi une fine barbiche de poils blancs argentés, mais çà c’était une finesse sans importance pour moi ; ce qui comptait c’était l’hommage que je rendais implicitement à mon arrière grand-mère, fière de détenir le secret de son chignon.
Tous les chignons m’évoquaient cette octogénaire affable, qui promenait fièrement son arrière petite fille dans les chemins vicinaux de son village ; quoique parler de village soit un bien grand mot, puisqu’elle habitait à vrai dire un hameau qui se composait d’une rue unique. La rue me paraissait très longue pour mes pieds en réduction de petites filles et j’appréciais la poigne ferme qui me trainait comme une poupée de foire. De maison en maison, je recevais là une sucette, là un gâteau, là une pomme rouge, que je devais remercier par de grosses bises sur des paires de joues rêches. C’était mon devoir de petite fille modèle et je fermais les yeux en distribuant des baisers qui me faisaient tourner le cœur.
C’est depuis ce temps je crois que je hais ces baisers volés à une enfance soumise. Seules, les baisers de feu de mémé Tuyette (diminutif enfantin de Juliette) avait un goût de flan et de vanille.
Depuis mon lit, calfeutré sous l’édredon de plumes, je la regardais chaque matin remonter la longue traine de ses cheveux, puis dans un ordre rituélique jeter par petits paquets des morceaux de bois dans sa cuisinière avant de mettre sur ses épaules son beau châle de franges noires. Alors, elle posait les bols bleus sur la nappe de carreaux rouges et blancs et une odeur de café et de lait crémeux commençait à parfumer la cuisine. C’était un moment privilégié dont j’avais l’exclusivité. J’attendais suavement que l’odeur du chocolat en poudre vienne titiller mes narines pour faire semblant de dormir. Car une fois mon bol de chocolat au lait prêt, elle venait tirer les rideaux de mon lit et me réveiller d’un baiser sonore qui soulevait en moi des frissons de joie.
Toute potelée dans ma petite chemise de nuit de coton rose, j’enfilais mes pantoufles de laine avant de m’assoir devant un bol fumant qui réchauffait le bout de mon nez. Je lorgnais du coin de l’œil le visage ébène à la chéchia rouge qui distribuait son sourire Banania aux petits enfants blancs.
Deux heures plus tard, lavée et habillée, je tournais autour de la table avec ma trottinette en bois, dans un bruit mat sur les carreaux de terre cuite. Cela agaçait certainement la pauvre femme mais j’avais le privilège de l’enfance et le partage de l’amour pour atténuer le tintamarre.
Un peu avant midi, elle allait tirer l’eau au puits avec un seau au bout d’une longue corde qui se déroulait dans un grincement de poulie. Je n’avais pas le droit de m’approcher aussi je regardais de loin le seau disparaitre dans ce trou mystérieux qui régurgitait une eau froide et limpide. Mon père mettait des seaux d’eau à chauffer toute l’après-midi sous le soleil, qu’il transvasait ensuite dans un baquet de la grange. Je me retrouvais ainsi toute nue à batifoler tous les jours dans l’eau chaude. C’était ma piscine rustique, bâti avec des lattes de tonneaux, qui donnait à mes vacances des illusions d’enfant gâtée.
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LE CHEVALIER A LA LICORNE (Poème)
7-08-2008 17:49:03
Un chevalier sur sa licorne
Est entré dans le buffet du salon.
Il saute la théière et renverse le sucrier
Pour mieux s’étaler dans la faïence de Gien.
La licorne allégée de son fardeau
S’en va batifoler au creux du compotier
Tandis que le chevalier estourbi
Prenant une flûte à champagne pour le Graal
Cherche en vain la Table Ronde.
Guenièvre pleure dans l’armoire à linge
En mouillant les chemises de Monsieur Arthur
Qui, insouciant et rationnel, n’entend rien.
Prenant comme épée un couteau
Et comme lance une fourchette,
Notre chevalier s’élance sur sa licorne,
Casse un bol et fait tinter les assiettes
Mais Arthur qui s’étonne enfin de ce vacarme
Se dirige vers le salon lorsque des sanglots
L’attirent vers la chambre,
Et lui qui ne croit pas aux contes de fées,
Il trouve dans son armoire une chemise
Humide parfumée de roses.
Cachée dans une moufle,
Guenièvre retient son souffle.
Alors, saluant Dame Salière et Dame Poivrière,
Le chevalier sur sa licorne s’évade du buffet
Fourchette pointée vers le postérieur d’Arthur
Qui jamais ne saura quelle mouche
L’a piqué ce jour-là !
(Josselyne Chourry)
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Dernier livre paru :
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Les Couleurs des possibles
Roman
Un chapitre, une couleur: l’enfance y serait violette, velours tendre, doucement ombrée, épaisse comme les nuits africaines. Le mirage amoureux indigo, idyllique, saturé. Le retour aux origines aurait quant à lui des tons marins, d’eau, de matrice… Ensemble, dans la confusion des souvenirs, dans la valse des réminiscences, ils tissent et retissent la vie de Rebecca, tour à tour adolescente aux origines sectionnées, amante-mère de Jonathan, enfant au continent lointain, amante d’une mère, Déborah, fidèle exégète auprès de Shamir. Et le roman de se faire peu à peu tapisserie de soie, ouvrage aux silences cotonneux, où les fils s’entrenouent pour restituer la trajectoire d’une femme complètement offerte à l’existence, à ses hasardeuses surprises, à ses désillusions.
Version papier : 13,00 € / 100 pages
Version pdf : 6,49 €
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